Vis ma vie de guide

Pendant le confinement, je vous partage par écrit une journée de visite guidée qui m’a marquée. nullement désagréable, ce fut un moment pendant lequel une parfaite journée de guidage peut devenir une lutte de chaque instant pour que les visiteurs profitent au maximum de leur magnifique journée, sans pour autant se douter des enjeux sur lesquels repose une bonne organisation.

 Que l’aventure commence!

Pour cette prestation qui s’est déroulée à l’été 2019 (durant la canicule), je recevais un groupe de seniors d’une cinquantaine de personne à Sainte-Terre pour une journée en entière à la découverte des rives de la Dordogne. Une immersion dans la vie locale hors des sentiers battus. Même si le planning que l’on m’avait préparé présentait quelques incohérences, j’avais pris en amont mes dispositions pour résoudre les petits problèmes.

Notre première étape était à La Ferme du Cabestan, où Monsieur et Madame Durand pêchent et préparent la lamproie. Pour mieux comprendre leur travail traditionnel, rien de mieux que d’aller à leur rencontre.

Etant donné qu’il y avait un grand écart entre le temps de visite et le moment de manger. Sabine Durand a accepté de prolonger sa visite. Ainsi les visiteurs ont pu découvrir comment le couple travaille, les outils ancestraux et modernes que les pêcheurs utilisés puis, tout un tas de secrets qu’eux seuls connaissent… Mais surtout, nous avons eu l’occasion de déguster un mets peu connu : La lamproie à la Bordelaise. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce plat n’a laissé personne indifférent. Tout le monde l’a beaucoup apprécié. De plus, cette matinée radieuse qui se déroulait au bord de la Dordogne, nous permis à toutes et à tous de profiter du paysage. Les visiteurs auraient bien voulu manger sur place pour profiter du cadre bucolique et de la gentillesse de la famille Durand, mais ce n’était pas au programme. Afin de ne pas gêner l’autre groupe qui allait arriver pour déjeuner sur place, nous avons quitté la Ferme du Cabestan pour de nouvelles aventures… Et quelles aventures !

Les aventures sont faites d’imprévus et de nombreuses surprises!

Sachant qu’il nous restait 40 minutes devant nous avant d’arriver au restaurant et seulement que 20km de parcours autorisé en bus, il a fallu repenser aux plans A,B,C,D,E….Z pour contourner ces problèmes. Nous en avons donc profité pour parcourir le vignoble sud de Saint-Emilion puis pour faire un tour dans les magnifiques villages bordant la rivière. Ayant réfléchi à cette éventualité en amont, j’ai pu échanger tout au long de la route sur ces sites inconnus pourtant tout aussi intéressants que les sites traditionnels touristiques des alentours. Nous nous sommes arrêtés brièvement à Cabara, ancien village de pêcheurs pour profiter du paysage au bord de l’eau, à l’ombre des arbres. Ainsi, nous avons pris le temps de découvrir les richesses patrimoniales du lieu dont je n’ai eu que rarement l’occasion d’aborder mais aussi de mieux faire connaissance avec le groupe.

          

Il faut imaginer à cet instant, un moment d’échange, pendant lequel nous visitons un site remarquable près de l’eau. Parfait pour que les visiteurs prennent le temps d’admirer cet endroit où ils n’auront probablement plus l’occasion de revenir. Pour moi, guide, cela me permettait aussi de jouer contre la montre.

Finalement, le restaurant qui nous avait été réservé n’était pas loin. Nous sommes arrivés un peu à l’avance malgré tout, mais cela n’a pas gêné les restaurateurs outre mesure.

Après un délicieux repas à base de produits locaux au sein d’un environnement tranquille, il était l’heure pour nous de remercier l’équipe en service et de repartir pour la dernière partie du programme que je devais assurer : la visite du jardin de la lamproie.

Etant souvent en collaboration avec mon binôme de Sainte-Terre, nous nous étions organisées plusieurs jours auparavant pour accueillir dans les meilleurs conditions l’ensemble du groupe. Il est pour nous exceptionnel d’accueillir tant de monde dans un si petit lieu.

Ma collègue, qui a été d’une efficacité incroyable, nous avait préparé une salle climatisée pour regarder une vidéo sur la lamproie, des verres de dégustation de produits végétaux, de l’eau, de l’eau et encore de l’eau pour hydrater le groupe, sachant que la moyenne d’âge était élevée, vous l’aurez probablement compris… La canicule de l’été 2019 jouait en notre défaveur.

De toute manière, ce n’est qu’une fois sur place que tout allait se décider.

Et justement, une fois arrivés, nous avons réuni le groupe sous le préau… Finalement, la visite ne s’est pas déroulée à l’extérieur où le thermomètre affichait 42 degrés mais à l’intérieur. La climatisation rafraîchissait la sueur et les esprits. Nous avons diffusé une vidéo, servi les dégustations et surtout de l’eau…Cette condition exceptionnelle m’a obligée à faire dans cette salle une mini conférence sur la Dordogne, expliquant ses forces et ses faiblesses dans cette salle, avant de proposer de remonter dans le bus lui aussi climatisé.

Les visiteurs étaient contents d’écourter leur visite… mais pas moi. Même si cet engouement n’était pas de mon fait, je n’avais pas dit mon dernier mot !

Guider, c’est aussi offrir des alternatives surprenantes!

Il ne me restait plus beaucoup de kms disponibles sur le compteur du bus, mais il fallait que le chauffeur me ramène sur mon lieu de travail. J’en ai donc profité pour indiquer la direction des routes que je connaissais par cœur afin que l’on puisse voir les magnifiques propriétés du Saint-Emilionnais et de Pomerol.

D’ailleurs, entre différents commentaires, nous nous sommes accordés une nouvelle sortie du bus pour prendre des photos devant le célèbre Pétrus. (Et non ne dites pas château, ceux qui m’ont suivi savent pourquoi désormais…).

Finalement, c’est avec un grand soulagement que j’ai quitté mon groupe qui était mieux dans un bus à profiter des paysages qu’offraient les routes… que de lutter contre une chaleur incroyablement épuisante pour n’importe quel individu.

Cependant, ce fut aussi une énorme satisfaction qu’aucun d’entre eux n’ait remarqué les problèmes logistiques rencontrés durant la journée. Finalement nous avons tous apprécié ce moment passé ensemble au vu de leur retour écrit.

Cette expérience est un nouvel exemple qui prouve que le métier de guide n’est pas seulement pointer du doigt une peinture et réciter bêtement un texte appris par cœur, c’est aussi savoir improviser face à l’inattendu et faire en sorte que les visiteurs apprécient leur odyssée sur notre territoire.

 

Mots-clés: En famille, Visite guidée journée, Visite nature, Nouvelle-Aquitaine , Guides, Gironde

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